Goncourt : un roman exclu pour soupçon d’IA, ce que ça change

Le 25 septembre 2026, l’Académie Goncourt a retiré de sa première sélection le roman C’était ça ou mourir de Thélyson Orélien, qu’elle juge selon toute vraisemblance très largement écrit par une intelligence artificielle sur la foi d’analyses menées notamment avec le détecteur Pangram ; l’auteur conteste

Le 25 septembre 2026, l’Académie Goncourt a retiré de sa première sélection C’était ça ou mourir, le premier roman de Thélyson Orélien, qu’elle juge « selon toute vraisemblance très largement le produit d’une intelligence artificielle ». L’auteur conteste. L’affaire montre surtout qu’un soupçon appuyé sur un détecteur d’IA peut faire basculer une décision en quelques jours, sans qu’aucune preuve formelle ne soit établie.

Une semaine pour sortir de la course

Thélyson Orélien, écrivain haïtiano-canadien de 38 ans, publié par Grasset en France et par Boréal au Québec, faisait partie des seize auteurs de la première sélection du Goncourt, annoncée début septembre. Son roman, vendu à plus de 35 000 exemplaires selon Euronews, figurait aussi dans les sélections du Femina, du Médicis, du Renaudot et du Goncourt des lycéens. Tout s’est joué en cinq jours :

  • Lundi 21 septembre : un compte anonyme sur X, « Balance ton Claude », affirme que le livre a été écrit presque entièrement par une IA, captures du détecteur Pangram à l’appui.
  • Mercredi 23 : l’équipe des Décrypteurs de Radio-Canada relève des passages plagiés dans des textes plus anciens de l’auteur, publiés au Canada il y a plus de dix ans.
  • Jeudi 24 : Boréal suspend la promotion du livre.
  • Vendredi 25 : l’Académie Goncourt retire le roman, une décision prise « sans unanimité », précise Radio-Canada. Le même jour, l’essayiste Samuel Fitoussi, chroniqueur au Figaro, reconnaît faire partie du collectif derrière le compte.

Dans son communiqué, rapporté par franceinfo, l’Académie dit agir pour « préserver l’intégrité du prix ». Elle s’appuie sur les « résultats convergents » d’analyses de chercheurs et de journalistes, et mentionne aussi les plagiats, qui portent sur d’autres textes que le roman.

Infographie : l’affaire Orélien en cinq dates — 21 septembre 2026, le compte X Balance ton Claude accuse le roman d’avoir été écrit par une IA ; 23 septembre, Radio-Canada révèle des plagiats dans des textes anciens ; 24 septembre, l’éditeur Boréal suspend la promotion ; 25 septembre, l’Académie Goncourt retire le livre de sa sélection, sans unanimité ; 6 octobre, deuxième sélection du Goncourt, avant la proclamation du 4 novembre
Cinq jours ont suffi entre la première accusation et le retrait, avant que l’auteur ait pu présenter ses propres éléments.

Ce que répondent l’auteur et son éditeur

Thélyson Orélien nie avoir utilisé l’IA et dit avoir commencé l’écriture en 2017, selon ActuaLitté. Il explique que les répétitions relevées dans son texte relèvent d’une tradition littéraire haïtienne et caribéenne, et dénonce une volonté de le « faire taire ». Il indique rassembler, avec ses éditeurs, des documents qui établissent qu’il est bien l’auteur. Grasset a qualifié les accusations de « fake news ».

Des observateurs cités par Euronews soulignent un point sensible : l’auteur écrit un français créolisé, mêlé de créole haïtien, d’espagnol et de portugais, aux rythmes de l’oral. Un style qui sort des normes pourrait être pris pour une signature de machine. Les études sur les biais des détecteurs portent toutefois sur d’autres outils et sur l’anglais : la question reste ouverte pour le français.

Le bureau d’un écrivain au petit matin : carnets manuscrits empilés et raturés, feuillets annotés à la main, une lampe encore allumée
Brouillons, carnets, versions successives : face à un soupçon, ce sont les traces du travail qui parlent pour l’auteur.

Un détecteur d’IA, ce que ça vaut vraiment

Pangram, fondé en 2023 à Brooklyn, analyse des régularités statistiques comme la distribution des mots et la syntaxe. Sur les passages testés, « Balance ton Claude » a obtenu des scores allant jusqu’à 100 % d’IA probable. Les chiffres publics sur l’outil, recensés par Wikipédia, disent deux choses à la fois :

  • Peu de faux positifs annoncés : 41 textes humains sur un million signalés à tort, soit 0,0041 %, selon le test publié par l’éditeur en juillet 2026… sur des textes en anglais.
  • Beaucoup de textes IA qui passent : une étude de l’université Notre Dame (août 2026) montre que plus de 96 % des textes réécrits par des logiciels d’« humanisation » échappent à l’outil.
  • Une limite reconnue : il distingue mal un texte écrit en partie avec l’IA d’un texte écrit entièrement par elle.

Autrement dit, un score élevé est un indice sérieux, pas une preuve, surtout pour une langue et un style sur lesquels l’outil n’a pas été évalué. Les jurys ne tranchent d’ailleurs pas tous de la même façon : le prix Strasbourg Espoir CIC a lui aussi retiré le livre le 25 septembre, mais le Renaudot, le Femina et le Médicis le gardaient à cette date en sélection.

Infographie : ce que vaut le détecteur Pangram au cœur de l’affaire — jusqu’à 100 % d’IA probable sur les passages testés du roman ; 0,0041 % de faux positifs annoncés par l’éditeur, mesurés sur des textes en anglais ; plus de 96 % des textes passés par un logiciel d’humanisation non détectés selon l’université Notre Dame ; trois prix, le Renaudot, le Femina et le Médicis, gardaient le livre en sélection le 25 septembre 2026
Un outil fiable dans un sens ne l’est pas forcément dans l’autre : il se trompe rarement sur l’anglais standard, beaucoup plus souvent face à un texte retravaillé.

Ce que ça change pour vous

Si vous écrivez avec l’IA, un livre, un blog ou des contenus pour votre entreprise, l’affaire vaut avertissement. Le soupçon circule vite, la justification prend du temps. Quatre réflexes à adopter :

  • Gardez les traces de votre travail : plan, brouillons datés, historique des versions de votre traitement de texte. C’est ce qui permet de démontrer une démarche.
  • Dites comment vous utilisez l’IA : recherche, relecture, premier jet ? Une mention claire désamorce le soupçon mieux qu’un démenti après coup. Certains textes générés par IA portent déjà une marque invisible, comme l’a montré le filigrane de Claude.
  • Réécrivez avec votre voix : l’IA donne un premier jet, votre expérience, vos exemples et votre style font le texte.
  • Ne jugez pas sur un score : si vous dirigez une équipe ou encadrez des étudiants, un résultat de détecteur ouvre une discussion, il ne la conclut pas.

Un détecteur peut-il prouver qu’un texte a été écrit par l’IA ?

Non. Il fournit une probabilité fondée sur des régularités statistiques. Les meilleurs outils se trompent rarement sur des textes humains en anglais, mais leur fiabilité sur le français, sur un style atypique ou sur un texte retravaillé est bien moins documentée.

A-t-on le droit d’écrire un livre avec l’IA ?

Oui. Aucune loi n’interdit de publier un livre écrit avec l’aide de l’IA. Ce sont les prix, les éditeurs et les plateformes qui fixent leurs propres règles, d’où l’intérêt de connaître celles qui s’appliquent à vous et d’être transparent sur votre méthode.

Écrire avec l’IA sans y perdre sa voix, c’est justement ce que travaille Book Machine, la formation de Vincent Lévi consacrée à l’écriture et à la publication d’un livre, aux côtés des autres formations IA du programme. Pour un projet d’écriture ou de contenus dans votre entreprise, contactez l’équipe.

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