Des humains lisent vos conversations ChatGPT : que faire ?
Le 14 septembre 2026, le média d’investigation 404 Media a révélé que des centaines de sous-traitants payés par OpenAI lisent de vraies conversations ChatGPT et notent les réponses de 1 à 7 pour améliorer le modèle. Le programme s’appelle en interne « Project Lily ». Les relecteurs ne voient pas votre nom, mais ils voient la conversation entière, et le filtre censé effacer les données personnelles laisse passer des détails sensibles, de l’aveu même d’OpenAI. Si vous utilisez un compte Free, Plus ou Pro, vous êtes concerné par défaut. Deux réglages suffisent pour en sortir, et une règle écrite pour votre entreprise.
Ce que 404 Media a découvert
L’enquête de Joseph Cox s’appuie sur des documents internes et sur des témoignages de relecteurs. Les faits établis :
- Des centaines de sous-traitants, recrutés par la société Crossing Hurdles et payés via la plateforme Mercor. Un relecteur cite une rémunération supérieure à 50 dollars de l’heure.
- Ils lisent des conversations réelles, pas des exemples fabriqués, et notent chaque réponse du modèle sur une échelle de 1 à 7.
- L’objectif est éditorial : entraîner ChatGPT à être moins flatteur et à ne plus se présenter comme un humain.
- Ils ne voient pas le nom du compte, mais ils voient l’échange complet et, selon The Next Web, un résumé de la mémoire de l’utilisateur qui peut révéler à quoi il utilise l’outil et où il vit.
- Le filtre n’est pas étanche. Un modèle appelé « Privacy Filter » retire les données personnelles avant relecture, mais la documentation d’OpenAI reconnaît qu’il « peut se tromper, manquer des identifiants rares et sous-caviarder quand le contexte est limité ».
Interrogé sur l’endroit où il informe ses utilisateurs que des humains peuvent lire leurs échanges, OpenAI n’a pas répondu avant publication, puis a renvoyé vers une page d’aide. Anthropic a confirmé à 404 Media qu’il pratique lui aussi la relecture humaine pour améliorer ses modèles, et The Next Web rappelle que Google fait de même. Le sujet dépasse donc ChatGPT.
Qui est concerné, et pourquoi vous ne le saviez pas
L’option qui autorise l’entraînement s’appelle « Améliorer le modèle pour tout le monde ». Selon la page d’aide d’OpenAI, elle est activée par défaut sur les comptes Free, Plus et Pro, et désactivée par défaut sur les comptes Business, Enterprise et Edu. 404 Media rappelle que ChatGPT compte plus de 900 millions d’utilisateurs, dont l’immense majorité sur des forfaits grand public. Autrement dit : à moins d’avoir touché à ce réglage, ce que vous avez écrit à ChatGPT a pu servir à l’entraînement, et donc passer sous les yeux d’un relecteur.
Rien n’était caché au sens strict : la page d’aide existe, et les conditions d’utilisation mentionnent l’entraînement. Mais rien, dans l’interface, ne dit qu’une personne peut lire l’échange. C’est cet écart entre le consentement formel et ce que les gens ont compris que l’enquête met en lumière.
Les deux réglages à changer aujourd’hui
Le guide de Tom’s Guide et la FAQ d’OpenAI convergent sur deux gestes :
- Désactivez l’entraînement. Cliquez sur votre profil, puis Paramètres, puis Contrôles des données, et basculez « Améliorer le modèle pour tout le monde » sur Désactivé. Sur l’application en anglais, l’option s’appelle « Improve the model for everyone » sous « Data Controls ». Attention : cela ne vaut que pour les nouvelles conversations. Les anciennes ne sont pas retirées.
- Utilisez le chat éphémère pour les sujets sensibles. Un « Temporary Chat » n’est pas utilisé pour l’entraînement, n’alimente pas la mémoire et disparaît de votre historique. Il reste toutefois conservé jusqu’à 30 jours sur les serveurs d’OpenAI pour la surveillance des abus.
Aucun de ces réglages ne supprime la relecture de sécurité ni la conservation de 30 jours liée à la détection d’abus. Ils retirent vos échanges du circuit d’entraînement, ce qui est précisément celui que Project Lily alimente.
Ce que ça change pour votre entreprise
- Un compte professionnel n’est plus un luxe. Les forfaits Business et Enterprise excluent l’entraînement par défaut. Si vos collaborateurs utilisent ChatGPT avec leur compte personnel pour des tâches de travail, ce sont les données de vos clients qui circulent sur le forfait grand public.
- Vous restez responsable de ce que vous collez. En Suisse, la loi fédérale sur la protection des données s’applique dès qu’un nom, un dossier ou un contrat quitte vos systèmes, quel que soit l’outil. En Europe, The Next Web rappelle qu’un arrêt de la Cour de justice de l’UE de septembre 2025 impose d’informer les personnes au moment de la collecte, et que l’Italie a déjà infligé 15 millions d’euros d’amende à OpenAI, dont 9 millions pour traitement sans base légale adéquate.
- Une règle écrite vaut mieux qu’une interdiction. Interdire ChatGPT pousse les gens à l’utiliser en cachette. Dites plutôt ce qui ne doit jamais y entrer : nom de client, données de santé, salaire, contrat en cours, code confidentiel. Pour le reste, l’outil rend service.
- Testez le réflexe, pas la théorie. Demandez à votre équipe de vous montrer où se trouve l’option d’entraînement dans son compte. Ceux qui hésitent sont ceux à former en premier.
Un relecteur peut-il remonter jusqu’à moi ?
Pas par votre nom de compte, qu’il ne voit pas. Mais il lit tout ce que vous avez écrit, plus un résumé de votre mémoire. Si vous avez tapé votre nom, celui de votre entreprise ou une adresse, et que le filtre les a manqués, l’anonymat ne tient plus. La protection dépend de ce que vous écrivez, pas seulement du réglage.
Désactiver l’entraînement dégrade-t-il ChatGPT ?
Non. Le réglage change ce qu’OpenAI fait de vos échanges, pas ce que le modèle sait ni la qualité de ses réponses. La mémoire et l’historique continuent de fonctionner normalement, sauf en chat éphémère, qui n’en garde volontairement rien.
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