Chez Anthropic, l’IA travaille 6 fois plus que les salariés
Le 16 octobre 2026, Anthropic a publié une étude sur ses propres salariés : en août, les agents IA lancés par chaque employé ont tourné six fois plus d’heures que lui, et la part des juniors dans les embauches techniques est tombée de 27 % à 9 %. Pour une entreprise, la leçon n’est pas que l’IA remplace les gens, mais que le goulot se déplace : relire, décider et coordonner deviennent le cœur du travail.
Ce qu’Anthropic a mesuré chez lui
Le rapport, intitulé « How employment is changing at Anthropic », est signé par quatre économistes de l’Anthropic Institute. Il repose sur des données qu’aucune entreprise ne publie d’habitude : la télémétrie des sessions Claude, les grilles d’entretien d’embauche, les agendas, les échanges Slack, des sondages internes et 17 entretiens avec des salariés. C’est l’entreprise qui utilise le plus ses propres agents qui se regarde travailler. Un laboratoire unique, donc, mais aussi un cas très particulier.
Les chiffres qui comptent
- Les agents dépassent les humains. En mars 2026, les heures de travail cumulées des agents ont dépassé pour la première fois celles des salariés. En août, les agents pilotés par chaque employé tournaient six fois plus longtemps que lui. Le calcul compte le temps d’exécution réel des agents, face à 40 heures par semaine et par salarié.
- La production grimpe. Les ingénieurs livrent jusqu’à cinq fois plus de code que six mois plus tôt. Le code écrit par les agents n’est pas plus souvent supprimé ou annulé que le code humain.
- Les commerciaux aussi. Après avoir adopté les agents, ils concluent avec davantage de clients. Un chargé de compte estime que ses automatisations ont repris environ 20 % de ses tâches, un autre qu’elles lui permettent de parler à 30 % de clients en plus.
- L’agent attend l’humain. Environ 80 % du temps d’une session interactive avec Claude se passe à attendre une réponse du salarié.
- Plus de réunions. Le salarié médian passe 20 % de temps en plus en réunion qu’un an plus tôt, et 16 % de plus pour les profils techniques.
Le nouveau goulot : l’attention humaine
C’est le constat le plus utile du rapport. Pour les salariés non techniques, lire tout ce que produisent leurs agents prendrait la moitié de leur semaine de travail. Le « méta-travail », c’est-à-dire écrire des consignes pour les agents, relire leurs résultats et surveiller les automatisations, est passé de 10 % à 22 % des sessions entre l’automne 2025 et le printemps 2026. Les consignes permanentes données aux agents sont passées de quelques centaines à 8 500 en un an.
En avril, 20 % des salariés décrivaient leur poste comme passé de « faire le travail » à « gérer des Claude ». Un ingénieur cité par TechCrunch compare l’exercice à du baby-sitting, où chaque enfant réclame la même attention. Quant à la hausse des réunions, les salariés l’expliquent par le besoin de confiance et de responsabilité entre humains : la coordination en face à face reste à leurs yeux « indispensable ».
Moins de juniors, d’autres critères d’embauche
Côté recrutement, le virage est net. Depuis début 2025, la part des juniors dans les embauches techniques est passée de 27 % à 9 %, et leur part dans les équipes techniques de 21 % à 14 %. Les effectifs techniques continuent pourtant de croître ; ce sont la vente, la finance et le recrutement qui grandissent plus vite.
Ce que regardent les recruteurs change aussi. Dans les entretiens techniques, les commentaires sur l’autonomie et le jugement progressent le plus, tandis que l’expertise métier recule. La mention de l’usage d’outils IA par les candidats a triplé pour les postes techniques et quadruplé pour les autres depuis 2024. Enfin, les salariés présents depuis au moins un an changent de service 50 % plus souvent qu’en 2025 : une équipe de rédaction produit écrit désormais des consignes et des évaluations pour les modèles. Ces tendances rejoignent celles observées en France, où les embauches de jeunes en CDI ont chuté de 28 % dans les métiers exposés.
Les limites que le rapport reconnaît
Anthropic vend Claude : une étude qui conclut que Claude rend ses salariés plus productifs se lit avec recul. Les auteurs signalent eux-mêmes plusieurs biais :
- l’adoption des outils n’est pas aléatoire, les salariés engagés sur de gros projets s’en servent davantage ;
- plus de code ne veut pas dire meilleur code, ni plus de chiffre d’affaires ;
- les erreurs d’une IA peuvent être plus difficiles à repérer que celles d’un humain ;
- la croissance très rapide de l’entreprise brouille les mesures, et ses pratiques ne sont pas forcément reproductibles ailleurs.
Deux jours plus tard, le 18 octobre, Anthropic a annoncé un fonds d’intérêt général doté de 5 % de ses actions, sous réserve de l’accord des actionnaires. Selon CNBC, il pourra notamment financer des réponses aux effets de l’IA sur l’emploi.
Ce que vous pouvez en tirer
- Mesurez le temps de relecture, pas seulement le temps gagné. Un rapport produit en dix minutes qui demande une heure de lecture n’a rien fait gagner.
- Exigez des sorties courtes et structurées : la synthèse en tête, les points à valider, les sources. C’est le meilleur levier contre le déluge de texte.
- Recrutez et formez au jugement : formuler une consigne claire, vérifier un résultat, savoir quand l’IA se trompe.
- Repensez l’entrée de carrière plutôt que de la supprimer. Si les tâches simples partent aux agents, il faut un autre chemin pour former ceux qui piloteront ces agents demain.
Les agents d’Anthropic travaillent-ils vraiment six fois plus que ses salariés ?
En temps d’exécution, oui : en août 2026, les agents lancés par chaque salarié ont tourné six fois plus d’heures que lui, sur la base de 40 heures hebdomadaires par employé. Ce ratio mesure une durée d’activité, pas une valeur produite, et 80 % du temps de session reste passé à attendre une intervention humaine.
L’IA réduit-elle l’embauche de juniors ?
Chez Anthropic, la part des juniors dans les embauches techniques est passée de 27 % à 9 % depuis début 2025, alors que les effectifs totaux augmentent. L’entreprise reconnaît que ses mesures n’expliquent pas directement ce recul et que son cas n’est pas forcément généralisable.
Confier une tâche à un agent, puis relire et décider vite : c’est précisément la compétence que ce rapport place au centre du travail. C’est aussi ce que travaillent les formations IA de Vincent Lévi, de l’IA Académie pour débuter à Business IA pour les équipes dirigeantes. Pour un accompagnement adapté à votre entreprise, contactez-nous.



